Historique des M.O.F

A l’origine de l’histoire des Meilleurs Ouvriers de France, se trouve un homme remarquable, Lucien Klotz (1876- 1946), critique d’art et journaliste, qui fut le véritable promoteur de " l’idée M.O.F. ". Défenseur de la création sous toutes ses formes, celle-ci devant assurer à son auteur un droit certain sur ses découvertes ou sur ses œuvres, cet homme enthousiaste et généreux mena au début du siècle, dans toute la presse et à travers une série de conférences, plusieurs campagnes qui aboutirent avec l’appui des organisations compétentes, au vote de plusieurs lois toujours en vigueur, parmi lesquelles la loi sur les Droits d’auteurs aux artistes, la loi sur la propriété scientifique, la loi sur la protection des modèles de couture, etc.

Sensible à la crise de l’apprentissage qui s’annonçait grave pour l’artisanat, l’industrie et les métiers d’art, Lucien Klotz élabora, dès 1913, l’idée d’une grande Exposition nationale du travail " à laquelle pourraient prendre part - sous réserve d’admission par un jury dûment désigné - tous les travailleurs désireux d’affronter le jugement des compétences et celui du grand public ".

Fort de la sensibilisation qu’il avait créée par ses campagnes de presse, Lucien Klotz organisa une conférence au " Matin " à laquelle participèrent plusieurs industriels et présidents de chambres syndicales. Cette conférence aboutit à la formation d’un Comité, dont Paul Templier, Président de la Chambre syndicale de la Bijouterie- Joaillerie-Orfèvrerie, fut nommé Président, Lucien Klotz en devenant le secrétaire général. Il fut décidé de demander l’appui du gouvernement afin de faire aboutir l’idée d’une exposition périodique et de promouvoir une action de grande envergure en faveur du travail manuel et de l’apprentissage.

Au cœur d’une mutation historique, économique et sociale, le combat de Lucien Klotz pourrait apparaître dérisoire. Mais, avec le recul du temps et de l’histoire, il semble évident qu’il a contribué à maintenir, ou plus exactement à recréer, au sein de la société moderne, un certain nombre de valeurs concrètes et morales qui, secondaires au regard de l’histoire, demeurent primordiales à celui de la civilisation. Il ne faudrait pas méconnaître, dans le contexte de l’époque, la forte compétition entre les Etats industrialisés, au sein desquels la France devait, selon Lucien Klotz, garder sa renommée et son identité par le biais d’un travail artisanal de qualité supérieure.

La première guerre mondiale de 1914-1918, vint briser net ce mouvement en plein essor. Cependant, dès 1918, non encore démobilisé mais toujours opiniâtre, Lucien Klotz reprenait la plume et repartait en campagne. Il organisa de nouvelles réunions au cours desquelles il retrouva, dans le climat terrible de l’immédiat après-guerre, le même enthousiasme et la même volonté devant une situation encore aggravée après quatre années de conflit meurtrier.

Dès lors, il ne cessa plus de multiplier articles de presse et conférences dans la France entière. En 1918, il reçut le soutien, à Lyon, de l’ensemble des syndicats, sous l’impulsion de leur Président, Monsieur Fougère. A Paris, les syndicats de l’ameublement et des textiles, représentés par Messieurs Lucien Bouix et Goumain, firent voter à l’unanimité le principe de soutien de toute profession. Chez les bronziers d’art, Messieurs Leblanc, Barbedienne et Georges Contenot promirent, au nom de toute leur corporation, un appui qu’ils ne retirèrent jamais.

En 1919, Alexis Charmeil, Directeur au ministère du travail, lui apporta le soutien du gouvernement. En 1920, Lucien Klotz utilisa le journal " Le Moniteur de l’Exportation " pour propager ses idées dans les milieux patronaux et ouvriers et pour convaincre chacun de la nécessité de créer une grande Exposition du travail où serait désigné chaque année " Le Meilleur Ouvrier de France ".

En 1921, Pierre Rameil, parlementaire, rapporteur du budget des Beaux-Arts, déposait sur le bureau de la Chambre, une proposition de résolution tendant à la création d’un Salon du Travail. Il démontra que, dans le cadre même de la loi du 25 juillet 1919 (loi Astier), on pourrait trouver immédiatement les éléments nécessaires à la réalisation de la " Fondation d’une Exposition du Travail ".

En 1922, interviewé par l’auteur de la campagne, Lucien Dior, Ministre du Commerce, donna son accord, devançant ainsi les décisions de la Chambre, et l’on put voir dans le " Matin ", en première page, sur deux colonnes, dans le numéro du 26 novembre 1922, le portrait du ministre et sa déclaration : " J’ai décidé de créer une " exposition annuelle de l’apprentissage " au cours de laquelle sera proclamé dans chaque profession, le " Premier Ouvrier de France " …

Le ministre ajoutait : " Il nous faut une solution rapide, le péril est grand. Il nous appartient de le conjuguer. Formez un Comité, organisez une Exposition ".

Dès lors tout alla très vite. Le 21 janvier 1923, convoquée par les ministres chargés du commerce, du travail et de l’Enseignement technique, l’élite du commerce et de l’industrie, représentée par 120 Présidents de Chambres syndicales, choisis parmi les plus importantes, était réunie sous la Présidence de Lucien Dior, ministre du commerce, qui avait à ses côtés Gaston Vidal, sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement technique, Monsieur Piquemard, directeur au ministère du travail et Messieurs Lebrun, sénateur, ancien ministre, Charmeil, Labbé et Lucien Klotz.

Le Ministre du Commerce, d’accord avec ses collègues, demanda qu’un programme et une classification soient immédiatement établis et déclara que " le Président du Conseil et ses collègues ont pensé que Monsieur Lebrun était particulièrement désigné, par tant de preuves qu’il avait données de sa haute expérience, pour présider le Comité, que les fonctions de secrétaire général ne sauraient être mieux remplies que par celui qui avait mis l’idée au monde et qui était évidemment plus apte que quiconque à en assurer le succès ". Les membres du Comité furent désignés ensuite et l’on vit apparaître ceux qui encouragèrent avec le plus de force la réalisation du projet, Messieurs Goumain, Contenot Binet, Bouix, Fouquet, Lapar et quelques autres. Le promoteur se rendit dans les différents congrès qui se tenaient en France pour exposer au cours de conférences spécialement organisées, les avantages et le fonctionnement de la future exposition. Un important résultat fut obtenu au congrès de l’artisanat de Bordeaux, le 16 juin 1923.

Au début de 1924, des affiches de la Préfecture de police de la Seine, portant en-tête du Comité départemental de l’Enseignement technique, invitaient les ouvriers, façonniers, contremaîtres, artisans, employés, apprentis, à venir concourir à la future Exposition. Il s’agissait de l’Exposition départementale de la Seine. L’affiche faisait savoir que celle-ci se tiendrait à l’Hôtel de Ville, salle Saint-Jean, du 18 octobre au 23 novembre 1924.

La première exposition nationale du travail se tint en octobre 1924 à l’Hôtel de Ville de Paris. Elle fut inaugurée par le Président de la République Gaston Doumergue. Deux cents chefs-d’œuvre, venus de la France entière, y étaient exposés. La distribution solennelle des récompenses eut lieu le 31 janvier 1925 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne où, pour la première fois, le titre de Meilleur Ouvrier de France fut attribué à 144 lauréats. Cette cérémonie était présidée par Maître de Moro-Giafferi, sous-secrétaire d’Etat à l’Enseignement technique, qui avait été de longue date l’un des principaux soutiens de Lucien Klotz lequel, promu Secrétaire général des expositions, voyait enfin la concrétisation de son ambitieux projet.

L’exposition de 1924, dont Maître de Moro-Giafferi estima qu’elle " contribuerait puissamment à la grandeur de la France et à l’éclat de Paris ", fut un succès, une grande première, dont la presse régionale se fit largement l’écho. Une seconde exposition fut organisée trois ans plus tard, en 1927, selon le rythme triennal initialement prévu, cette périodicité étant parfois de quatre années, exception faite d’une longue interruption entre 1939 et 1949, pour d’évidentes raisons historiques.

Depuis 1924, vingt Expositions nationales du Travail ont été organisées : 1924, 1927, 1933, 1936, 1939, 1949, 1952, 1955, 1958, 1961, 1965, 1968, 1972, 1976, 1979, 1982, 1986, 1991, 1994, 1997.

Depuis 1961, l’Exposition s’est installée soit à la Porte de Versailles, soit au Parc Floral de Paris, puis elle fut délocalisée en Province, pour la première fois à Grenoble en 1991, puis à Angers en 1994 et lors du XXème concours, à Lille, en 1997. On peut y admirer un véritable florilège de chefs-d’œuvre professionnels et artisanaux.

L’article premier du règlement de cette institution en définit ainsi les objectifs :

" Afin d’améliorer la formation professionnelle, de fortifier l’esprit coopératif, de développer le goût et l’attachement de l’ouvrier et de l’artisan à leur travail, de permettre à l’un et à l’autre d’affirmer leur personnalité, leur goût, leur esprit d’initiative et de progrès, et d’obtenir la juste récompense de leur effort, il est institué périodiquement par les ministères de l’Education, du Travail, de l’Industrie et de la Recherche, du Commerce et de l’Artisanat et avec le concours des chefs d’entreprise, une Exposition Nationale du travail ".

C’est en 1932 que fut créée par le graveur Lagriffoul, la médaille officielle, qui a été dès lors remise à tous les lauréats des Expositions, portant la mention : " l’Enseignement Technique aux Meilleurs Ouvriers de France "

Le 1er avril 1933, lors de l’inauguration de la IIIème Exposition du travail, M. Ducros, secrétaire d’Etat à l’éducation nationale, remit solennellement cette cravate de commandeur aux anciens lauréats de 1924 et 1927. En 1935, un arrêté du Ministère de l’éducation nationale officialisait le titre de " Un des Meilleurs Ouvriers de France " sanctionné par un diplôme d’Etat.

En 1929, fut créée une association réunissant les lauréats des Expositions : la Société des Meilleurs Ouvriers de France, association très active qui, aux côtés du Comité d’organisation, a contribué depuis 1929 à soutenir et à faire connaître les MOF.

En 2001, un décret du ministre de l’éducation classe le diplôme au niveau III de la nomenclature interministérielle des niveaux de formation.